AEROPORT (Vendredi 11 Mars Ho Chi Minh Ville)

UIOUIOUIO

Nous sommes arrivés enfin à Ho Chi Minh Ville/Saigon. A chaque fois que j’arrive dans cet aéroport je vois des centaines de gens attendre devant les portes. J’ai déjà remarqué que certains d’entre eux n’attendaient personne. Ils sont là, à regarder ceux qui se retrouvent. Je me souviens alors d’un projet que je voulais faire quand j’étais arrivée à Istanbul. Filmer des retrouvailles. Des gens qui se retrouvent, sans parole, juste des corps qui vivent un rapprochement.

C’est peut-être cela que la jeune femme que j’ai rencontré à Grenoble a essayé de m’expliquer. Quand elle arrive dans son pays, ou plutôt au pays de sa mère, elle s’attend à ce qu’on lui saute dans les bras. Elle m’expliquait aussi que sa mère ne savait plus parler le vietnamien. Que les femmes au marché se moquaient d’elle. Elle n’avait plus les bons mots. Elle était partie depuis trop longtemps. Elle était la fille d’une mère apatride. Comment pouvait-elle imaginer que quelqu’un à l’aéroport de Saigon lui saute dans les bras.

Nous avons fait un long voyage.

Je repense à Monsieur F que nous avons rencontré avec Claire dans le 13ème arrondissement au … qui nous a raconté son départ à 9 ans en 1956 en bateau pour aller en France. Les blancs étaient en première classe tandis que « nous, les métis, nous étions dans les cales, dans les sous-sols ». Pour me faire comprendre, il me demande si j’ai vu Titanic. Je lui dis que oui, il m’explique qu’il était comme Leonardo di Caprio.

Je me souviens avoir souri.

L’homme plus tard avait pleuré. Peut être trente minutes à peine après son arrivée.

Claire me fait remarquer que les hommes pleurent souvent. Ici, ou là bas.

Nous sortons de l’aéroport. Nous sommes trop fatigués pour commencer l’enquête. La photo du bal reste posée sur mon lit. Dans cet appartement qui se situe dans le quartier des ambassades.

Avant de partir pour Saigon nous avons trouvé le titre. Ça n’est pas rien de trouver un titre. C’est la première promesse. Elle doit être assez large pour contenir le reste du geste qui va s’y loger. Quoi de plus large et à la fois de plus circonscrit que le nom d’une ville.

SAIGON

Je pense à Angelica Lidell qui a écrit Belgrade sans n’y être jamais allée.

Je pense à Jérémie qui me dit que la créolité est liée à un lieu. Que c’est en contemplant les lieux que l’on voit la charge des histoires qui s’y passent et la pensée métisse. Jérémie me dit que Duras se revendiquait Créole.

Jérémie me fait voir le début du film Apocalypse Now. Nicolas le scénariste m’envoie un message sur Messenger : « j’adore le titre Saigon, se sont les premiers mots prononcés par Martin Sheen dans Apocalypse Now. »

On peut arriver à Saigon comme on arrive à New York. Emmêlé d’imaginaire.

Nous recevons un message de D notre traducteur qui dit :

«  Demain, pour le mariage, il faut vous habiller correctement. Pas de short, pas de jupe trop courte, pas de couleur noire »

 

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