Quartier des expatriés (dimanche 19 mars Ho Chi Minh Ville)

Je cherchais une robe à offrir à D et je voyais la femme à la chemise blanche essayer des robes dans lesquelles elle rentrait difficilement.

Les femmes ici sont très fines. Le 38 correspond à un XL. J’avais réussi à lui parler car elle avait oublié son portefeuille dans la cabine d’essayage. Je décidais de le prendre et de l’appeler pour le lui rendre ; son numéro n’était pas difficile à trouver, sa carte d’identité était entre mes mains.

Madame M De G

Elle m’avait donné rendez-vous dans le district 2. C’était une femme d’expatrié comme on dit. Au téléphone, elle me demande comment elle peut me remercier, je lui dis qu’elle pourrait m’accorder un petit entretien. Que je travaille sur la ville d’Ho Chi Minh et que je voudrais lui poser quelques questions.

Elle me répond tout de suite :

Mais je connais très mal la ville, j’habite ici depuis 3 ans seulement.

Je lui dis que cela m’importe peu.

Je lui demande l’heure et le jour du rendez-vous. Elle me dit qu’elle est disponible tout le temps. A part le week-end. Elle et son mari doivent partir dans le centre du Vietnam. Mais qu’à part ça, elle a du temps.

Elle ne travaille pas.

Elle me donne rendez-vous au DECK Saigon.

La femme à l’entrée me demande si j’ai reservé. Je lui dis que non. Que j’attends quelqu’un. Je dis le nom. Madame M de G. Tout de suite, la femme qui ne s’occupe qu’à placer les gens dans ce grand espace bar-lounge-restaurant m’amène à une table située au bord de la rivière. Sûrement une des meilleure place. Je ne comprends pas comment je peux être placée ici alors qu’un tas de personnes attendent pour être placées autour du bar.

A part le personnel qui nous sert, il n’y a pas de vietnamien ici. Les seules vietnamiennes qui sont clientes dans ce bar-lounge-restaurant ont une coupe de cheveux tout à fait particulière. Elles ont les cheveux coupés juste en-dessous du visage avec du volume. Leurs cheveux sont ondulés et légèrement crépus. Impossible pour ces vietnamiennes d’avoir ces cheveux là naturellement. Elles sortent de chez le coiffeur.

Les femmes que l’on a rencontrées ici ont toutes les cheveux très longs raides et noirs. Quand nous sommes allés avec Jérémie et Claire au théâtre, une femme a expliqué que les vietnamiennes se coupaient les cheveux quand un drame arrivait dans leur vie. Quand leurs parents mourraient par exemple. Elles perdaient de la longueur de cheveux. Ces femmes-là, assissent à deux tables de moi, ne se sont pas coupées les cheveux à cause d’un drame mais sûrement par mode qui pourrait venir de la France. Encore une fois, le visage d’une fille que je connais en France se superpose à la vietnamienne qui commande un Martini Blanc.

Je m’assois donc et commande un café. On m’apportera un expresso. Un café que je n’ai pas bu depuis que je suis au Vietnam. Ici nous buvons du café Sau Da. Du café avec du lait concentré et beaucoup de glaçon. Au début, nous avions trouvé ça très sucré . Maintenant, dès que nous le pouvons, nous en commandons un dans un petit café à coté de la faculté.

Un petit garçon d’à peine 5 ans, roux, tourne autour de ma table. Il est barbouillé de crème solaire. Toutes les femmes présentent sont des expatriées. Elles ne sont pas des touristes. Elle se connaissent, se retrouvent, se saluent quand elles passent. On dirait une petite société autonome. Les enfants qui courent de partout dans le Lounge-bar-restaurant vont à l’école du 2eme district. Je me demande s’il y a des vietnamiens dans cette école. Et si oui, à la récréation, parlent-ils vietnamien avec les autres petits ? Je me demande à quoi ressemble une enfance d’expatrié.

La femme que j’attends est enfin arrivée. Elle porte des lunettes de soleil. Tout de suite la femme qui m’a placée va vers elle et lui indique où je suis assise.

La femme se dirige vers moi. Elle me demande pardon pour son retard et je lui dis que ça n’est pas grave. Que l’endroit est beau. Elle me demande où j’habite.

Je mens. Je lui dis habiter le district 10. Je ne sais pas pourquoi je lui mens.

Elle me dit :

Si vous habitez le district 10 c’est que vous ne devez pas vraiment aimer ces endroits.

Je souris. Je lui dis que cela ne me viendrait pas naturellement de venir dans ces lieux-là. Mais que je travaille sur Saigon. Sur cette ville et ses histoires et que, de fait, ces endroits en font partie.

Je lui rends son portefeuille. Elle me remercie. La femme me demande alors de quoi je souhaite parler avec elle.

Je lui dis :

De votre vie, ici.

La femme me pose alors cette question que je n’attendais absolument pas.

Vous ne m’aimez pas trop non?

Je suis totalement désorientée.

Je suis confuse et je balbutie :

Je suis incapable de dire si j’aime ou pas quelqu’un que je ne connais pas.

Elle continue sur sa lancée.

Mais tout ça, tout ce que vous voyez, vous l’aimez ?

Je lui dit que non. Que ça, je ne l’aime pas. Mais que j’essaie de passer outre. Que je suis avec elle et que les gens qui sont dans ce café n’ont sûrement pas tous la même histoire.

Elle me raconte avoir habité à Singapour, à Brazzaville, à Buenos Aires et à Taiwan. Elle me dit qu’à chaque fois, il y a le quartier des expatriés. Toujours. Elle m’avoue être souvent avec des gens qu’elle n’aurait peut-être pas rencontré dans sa vie si elle avait été dans son pays. D’origine. La France. Mais qu’ici tout est différent. Que ce ne sont pas les affinités qui rassemblent les gens. Je lui demande alors ce qui les rassemble ? Elle me dit : notre argent, nos habitudes, et pour les femmes, le manque d’occupation.

Elle me demande :

 Et comment va la France ?

Comment va la France, sincèrement, j’ai envie de dire mal. J’ai envie de lui dire que les différences sociales entre les gens s’accentuent, que nous ne comprenons pas grand chose à notre politique extérieure, que la loi sur le travail est une honte, que nous avons peur pour les prochaines élections… la liste est longue. Mais je ne lui dirai pas tout ça. Peut-être que ceux qui lui envoient des lettres de son pays lui disent que la France va bien. Et puis elle me demande des nouvelles de la France comme on demande à quelqu’un comment va un amour de jeunesse. Un amour que l’on n’a pas revu depuis longtemps. On ne veut pas connaître les complexités de son existence on veut juste savoir s’il s’est enfin marié et s’il a des enfants ; les nouvelles s’arrêtent là, exhaustive.

Plus tard elle me dit cette phrase :

Souvent je ne sais pas si je suis en enfer ou au paradis.

Elle se confie.

Je lui demande si je peux l’enregistrer. Elle me dit que non. Je lui dit que j’écris sur un blog. Elle me dit qu’elle s’en moque.

Elle continue.

Me dit qu’au début, quand elle avait des enfants, ça allait. Que trouver une école, une nounou, un système scolaire et médical…. Tout ça fait que ça va, que l’on est bien mais qu’au fond tout ça masque une stratégie de survie.

Quand les enfants sont grands, quand ils ont quitté le pays ou que c’est nous-mêmes qui avons quitté celui où nous étions pour une autre expatriation, là, commence la solitude.

Sur les coups de 45 ans.

Je lui demande si elle a déjà travaillé. Elle me dit que non. Mais que dernièrement, elle avait l’envie avec une femme qu’elle a rencontré ici de monter une petite boutique de bijoux. Qu’elle confectionne elle-même.

La serveuse vient lui prendre commande. Elles sont si loin, ces deux femmes. Et l’une et l’autre en sont persuadées, et l’une et l’autre ne pensent pas, une seule seconde, qu’un rapprochement soit possible.

Aucun lien.

J’ai du mal à comprendre où je suis.

Je pense beaucoup à la France. Aux gens qu’il va falloir rappeler. Au travail qui m’attend. Au froid, aux problèmes qu’il va falloir résoudre et aux choix à faire. Je pense à H qui me manque.

Je me dis que je n’écrirai pas sur cette femme. Que cette histoire est trop triste, qu’il n’y a rien qui me permette de me rapprocher ou de me reconnaître dans ce que cette femme me dit. Je suis uniquement penchée vers sa solitude et souvent durant notre entretien, je serai tentée de lui dire de faire quelque chose. Je serai tentée de retrouver un sentiment que j’ai abandonné en France : la colère.

Notre conversation est trouée.

Puis, dans un des trous de la conversation, je pense à Miss Dalloway.  Je pense à cette femme qui est dans ce lit trop froid, trop petit avec un mari absent. Je repense à cette femme qui a l’impression d’être au milieu d’un monde qui ne la concerne pas. Qui est enfermée dans une vie qu’elle ne reconnaît pas. Je me dis que je me trompe. Que cette femme pourrait très bien être une autre figure de madame Bovary. Que cette femme doit avoir une immense maison (je suis passée à coté d’une agence immobilière, les maisons coûtent 5000 dollars le mois). Cette femme est riche. Et rien ne la pousse à tout envoyer en l’air puisque tout est parfait. Personne pour la pleurer. Même moi, je dois avouer que j’ai du mal à trouver le chemin pour aller vers sa douleur.

Plus tard dans la soirée je lui montrerai la photo du bal.

Elle me dira :

Vous savez, les bals, les réceptions, les soirées, tout ça, c’est une vitrine. Il y a toujours quelqu’un caché en cuisine ou dans la salle de bain qui attend que ça passe.

J’ai aimé ces paroles.

J’ai compris ces paroles.

Quand je suis là à me plaindre devant le Saigon river je me trouve vulgaire, obscène, alors que je sais bien, la misère, qu’il y a dehors.

Là, je ne sais pas quoi dire. Surtout que je ne me raconte pas Saigon comme une ville « où il y a de la misère dehors ». Plus cette femme est riche, plus ce qu’il y a à coté d’elle a le visage pour elle de la misère ; et c’est sûrement cela, son drame.

Je pense au film de Laurent Cantet Vers le sud. Toujours. Que vont chercher ces femmes blanches avec ces Haitiens?

C’est la première fois que je rencontre un être que l’on pourrait diagnostiquer de dépressive. Ici. Je n’ai pas pensé une seule fois à ce mot-là durant mon voyage. Le mot avait disparu.

Je lui demande si elle va rester longtemps ici. Elle me dit qu’elle prépare une nouvelle expatriation, pour Bangkok.

Alors je lis des livres sur la Thaïlande. Je recense les associations de femmes d’expat. On me met en contact. En ce moment je parle à une certaine Jeanne.

Je reviens sur la photo. Je lui demande :

S’il y avait un drame derrière cette photo, vous penseriez que ça serait lequel ?

Elle me regarde comme pour me dire que c’est une drôle de question que je lui pose.

Je ne sais pas. dit-elle.

Imaginez, si le jour de cette photo il y avait eu un drame, pour vous ce serait lequel ?

Je ne peux pas savoir quels sont les drames des gens mais peut-être que le drame serait que ce soit moi qui attende en cuisine que ça passe.

Que le bal passe.

FE

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Là où l’on danse (vendredi 17 mars Ho Chi Minh Ville)

Nous sommes allés danser.

Dans un parc où il y a en permanence une fête foraine. On continue le petit chemin bordé par des vendeurs de barbe à papa et des trains fantômes. La piste de danse se trouve sur une esplanade. En plein air. Nous payons 10 000 dông pour l’électricité de la sono. Une femme dans une robe très courte qui me fait penser aux robes des patineuses artistiques nous amène le fameux thé froid que l’on nous sert de partout. Je m’assoie sur le coté.

Ils dansent des danses de salon. C’est à dire du Cha Cha Cha, du Tango, du Rock and roll, du pasodoble…

Tout a commencé quand nous avions rencontré monsieur B il y a plus d’un mois maintenant. Nous nous étions croisés dans un foyer vietnamien à Paris. Nous voulions rencontrer des gens. Nous avions discuté des différentes associations de Vietkieu. Le tissu associatif est énorme. Les étudiants communistes, les étudiants non communistes, les associations des immigrés de 74 qui ont fui le communisme etc… Bref, il fallait prendre une décision. Qui voulions-nous rencontrer ?

J’étais incapable de répondre à cette question. Quand Monsieur B me dit:

Sinon, si vous voulez rencontrer des vietnamiens, il faut tout simplement aller danser. Les vietnamiens aiment danser.

 Monsieur B nous raconte alors l’histoire incroyable d’un couple, tous les deux vietnamiens. Elle en 70 était communiste, lui était aviateur pour l’armée du côté des américains. Ces deux-là, plus de quarante ans après la réunification comme ils le disent ici, dansent, là où il le peuvent, le soir, elle en robe de soirée, lui en costume entièrement noir avec un liseré de soie sur le côté du pantalon.

Presque un mois plus tard, nous sommes dans le 10ème district d’Ho Chi Minh et les gens dansent en plein air avec la patineuse qui offre du thé glacé à tous les arrivants.

Ce sont des danses de couple. Les gens viennent avec leur cavalier. Si les femmes n’ont pas de cavalier, des hommes sont là, pour leur servir de partenaire. Je demande si pour les hommes c’est pareil, s’il y a des femmes qui peuvent les inviter à partager une danse. On me répond que non. On me répond avec un peu de gêne. On me dit que ça, c’est chez Maxim’s. Et 3 jours plus tard, j’ai vu ce que c’était une femme vietnamienne inviter un homme (qui paye son cocktail le prix d’une semaine de salaire de vietnamien) pour aller danser.

Non, ici, nous payons 10 000 dông et nous sommes assis par terre autour de la piste.

Je suis revenue quasiment tous les soirs voir les gens de l’esplanade. Tous sortent leur plus beau costume. Jérémie les filme. Ils aiment ça. Ils aiment être filmés. Et chaque couple devient plus grand plus haut quand ils sentent l’œil de la caméra de Jérémie passer sur leur cha cha cha ou leur pasodoble. Ils sont fiers.

Là encore il y a de la musique française réorchestrée à la vietnamienne. Là encore il y a la trace de la France. Et là encore je repense à cette jeune fille de Grenoble dont j’ai parlé plus haut qui me disait être obligée petite de faire 6 heures de danse de salon par semaine. C’était sa mère qui l’obligeait à ça. Elle ne comprenait pas l’obsession de sa mère à lui infliger ces cours avec « ces gosses de riche » me disait-elle. Elle détestait ça. Elle aurait du venir ici, cette jeune fille de vietkieu boursière de Grenoble. Elle aurait du voir ces gens-là, danser la danse des enfants du rotai club et comprendre que pour sa mère c’était Saigon.

Un homme vient me demander de danser. Je refuse.

J’ai peur de l’avoir vexé mais vraiment, je suis incapable d’être la seule touriste qui danse. Je préfère m’effacer. Même si j’adore danser. Même si dans le fond je voudrais être une de ces femmes dans ces robes de princesse achetées au marché de Ben Tan.

L’homme reste à côté de moi.

Il n’a pas l’air de m’en vouloir. Au contraire. On regarde ensemble les gens danser et c’est aussi très intime que de regarder la même chose avec quelqu’un. L’un à côté de l’autre. Il me demande depuis combien de temps je suis au Vietnam. J’ai l’impression que je suis là depuis des mois. J’ai l’impression que tout ce qu’il y a eu avant le 11 mars est très loin. Que la France est loin.

Je pense à notre spectacle. Je me dis que c’est d’ici qu’il faut l’imaginer. Qu’il faut imaginer Caroline, Dan, Jean-Claude, Adeline et Pierric d’ici. Que c’est depuis Saigon qu’il faut imaginer nos histoires. C’est d’ici que nous devons rentrer dans l’histoire.

Un des titres que nous avions imaginer pour le spectacle c’était celui ci :

Entrer dans l’histoire.

Nous avions imaginé aussi l’appeler

Marie Antoinette.

Car Marie Antoinette était le nom d’une petite femme vietnamienne de 90 ans rencontrée dans le Lot qui était arrivée en France en 56 avec ses 7 enfants sous les bras. Mais nous avons fait demi tour. La fausse piste était belle mais je ne voulais pas toujours avoir à l’expliquer.

Saigon, nous n’avons pas à l’expliquer.

D’ailleurs Saigon n’existe plus.

Les gens dansent. Une femme est habillée en grande tenue de soirée avec des tongs. Et d’autres ont de grands talons avec des faux diamants. La dame aux tongs a un cavalier aux cheveux gris. En les regardant je me dis qu’il fait tout ça pour elle. Il fait tous les gestes, les pas, mais c’est elle la star. Et il aime être au bras de sa star de tous les soirs de 19h à 21h sur l’esplanade de la fête foraine. Et ça me fait rire. Et l’homme à coté de moi me demande pourquoi je ris. Et je lui parle en français et il ne comprend pas. Et il me parle en anglais et je ne comprends pas. Et on est toujours l’un à côté de l’autre et on ne danse pas.

Monsieur B me dit que les vietnamiens qui n’ont pas beaucoup d’argent viennent danser ici. Que ceux qui en on plus vont dans les dancing et que les très riches vont chez Maxim’s. A côté du Majestic.

Parmi les danseurs j’aperçois un jeune homme que nous avons eu en atelier le matin. Il danse, lui aussi. Avec une jeune fille que je ne connais pas. Je me décale un peu. Pour ne pas qu’il me voit. Je me dis que peut-être cela le gênerait de me voir ici. De le voir danser. Et je me dis que j’ai tort. Nous sommes sortis avec D et D notre couple de traducteur et eux qui sont si discrets, sont passés sans problème derrière un micro pour chanter les chansons qu’ils aiment. D avait chanté. Et j’ai vu Claire écraser une larme.

Le territoire nous change. Jérémie, Claire, Benjamin, Antoine, Jérémie, Manon et moi.

C’est d’ici que nous devons imaginer nos histoires. Imaginer d’ici où l’on pleure souvent.

Le jeune homme qui danse maintenant derrière le platane avait improvisé le matin même avec une jeune fille une histoire tragique. C’était encore l’histoire d’un couple. Elle avait rompu avec sa famille qui ne voulait pas de lui car il était trop pauvre. Ils s’étaient installés dans un petit appartement misérable et elle enchainait les boulots pour subvenir à leurs besoins. Lui ne trouvait pas de travail. Et la misère avait eu raison de leur amour ; il ne s’aimait plus dans l’image du mari entretenu et elle ne s’aimait plus dans la femme à bout de nerfs. Ils devaient se séparer. La séquence avait fini sur des larmes.

Après eux, un autre couple de comédiens. Une jeune fille et un jeune homme encore. Il y avait un paquet cadeau placé sur le plateau. C’était l’anniversaire du jeune homme. Elle avait tout fait pour que tout se passe merveilleusement bien. Elle prenait son bras, le mettait autour de son cou. Il l’enlevait. Elle prenait ses deux bras pour danser avec lui et leurs pieds s’emmêlaient. C’est alors qu’à l’intérieur du malaise, à l’intérieur du silence, l’homme glissa fébrilement à sa compagne qu’il la quittait. Il lui avouait aimer les hommes et la fille, elle, souriait et rigolait et pensait que c’était une blague. Elle ne voyait pas venir le drame. La scène se finissait avec cette jeune fille seule, en pleurs, sur le canapé. Le cadeau toujours dans son emballage.

J’écris cette phrase dans mon carnet.

Toutes les histoires qu’ils nous racontent cherchent le chemin pour aller jusqu’aux larmes.

A coté de moi D laisse échapper une phrase : ho ! elle pleure ! Cela m’étonne car depuis le début des auditions tous les comédiens pleurent. Mais là, quelque chose est arrivé.

Cette jeune fille au cadeau qui n’aura jamais été ouvert s’avance sur le devant de la scène pour nous parler. L’émotion ne l’a pas quittée.

Et Jérémie me dit que ça n’est pas une faiblesse théâtrale ou une coquetterie de comédiens que de pleurer toujours dans chaque scène, mais que cela nous renseigne sur  la façon dont l’émotion circule ici, et dans les corps des gens.

Et j’aime penser à ça.

Et je me dis qu’il ne faudra pas oublier ça.

Quand nous inventerons nos histoires.

Le jeune homme de derrière le platane m’a vu. L’homme à côté de moi danse avec une femme plus âgée que lui. Le jeune homme est ravi de me voir. Il court vers moi et me dit :

Do you like dancing?

Je lui dit que oui. Que j’aime danser, mais qu’en ce moment ce sont les autres que j’aime voir danser.

Je lui montre la photo que j’ai toujours sur moi. Il a l’air surpris que je sorte ça de mon sac. Il ne comprend pas très bien où je veux en venir. Il pense que la photo a été prise à Paris. Je lui dis que non, qu’elle a été prise au Vietnam.

Ce jeune homme de 21 ans ne sait rien de cette photo. La conversation est arrêtée par son téléphone qui vibre.

Il doit y aller.

Je range la photo du bal et reviens avec ces danseurs-là, d’Ho Chi Minh Ville.

Salle de Bal retrouvée (Mercredi 16 Mars Ho Chi Minh Ville)

Il faisait noir. La jeune fille derrière moi me demandait de faire vite. Elle n’avait pas le droit de me laisser entrer ici. C’est après avoir insisté plusieurs fois, après lui avoir dit que je cherchais quelque chose de très important qu’elle s’était décidée à me laisser monter au 5 ème étage du Majestic. Elle me demandait qui je cherchais. Je lui répondais que je cherchais des gens qui avaient participé à un bal dans cette salle il y a maintenant 62 ans. La jeune fille, étonnée, me dit que les gens que je cherchais étaient sans doute morts. Elle me demanda de lui montrer la photo.

Je promis de la lui montrer après qu’elle m’ait laissé monter au 5 ème.

Elle accepta. La salle était à coté des cuisines qui s’activaient pour le service du soir. Elle passa délicatement devant un homme avec une casquette qui lui demanda sûrement où elle allait, suivie d’une étrangère. Elle dit quelque chose en Vietnamien que je ne compris pas. Elle me regarda, d’un air enfantin, cela avait l’air de l’amuser de faire cette expédition avec moi.

J’arrivai dans la salle. Elle me dit

Il fait nuit. En français.

Je me retourne vers elle tout en cherchant mon appareil photo, étonnée de l’entendre parler français et elle me dit:

je-parle-tout-petit-peu-seulement.

Je n’avais pas le temps de la questionner plus. J’avais promis à la jeune fille de rester seulement 5 min dans la salle et je voulais en profiter un maximum. Je ne savais pas ce que je cherchais en revenant dans les murs du drame, surtout 62 ans plus tard, avec la possibilité que la salle ait changé, que l’architecture se soit modifiée. Mais je voulais y être. Y retourner. Comme on retourne dans une ville où l’on a aimé quelqu’un. (Je me souviens avoir lu ces mots sur une des photos que j’ai achetées à un homme sur Ebay. Ce sont des photos  du Vietnam. C’était écrit en français et la photo représentait une femme blanche, debout, devant un arbre. Derrière la photo il était écrit : Je garde Saigon dans mon cœur comme on garde une ville où l’on a aimé quelqu’un)

Il faisait noir dans la salle. La jeune fille avait raison. Il faisait nuit.

Je ne voyais pas ce que je photographiais. Je lancais le flash et, à chaque fois, il m’éclairait une partie de cette salle. Incroyable.

Fantomatique.

Je savais que cette salle existait encore. Et dans le noir total, et par coups de flash, je la découvrais, petit bout par petit bout, l’espace d’une seconde. Tout avait changé et pourtant tout était là. Tout était à la fois différent et reconnaissable. La tapisserie, les chaises, les rideaux. Plus rien n’était dans son jus. Et pourtant, comme le disait Lupa : « les âges ne disparaissent pas, ils s’accumulent sur le visage. Une femme de 60 ans porte sur elle la jeune fille qu’elle était à 18 ans. »

La jeune fille derrière moi avait disparu.

 

Parmi un des flashs, le visage d’une femme rencontrée en Seine et Marne m’apparaît. Elle m’avait raconté l’histoire de ses parents. Son père était un soldat français et sa mère une jeune femme vietnamienne de 18 ans.
Il était tombé amoureux d’elle. Elle aussi était « folle de lui« . Ce sont ses mots exacts. Elle aimait se balader à son bras dans les rues de SAIGON. Il lui parlait de sa famille de sa sœur qui avait les cheveux encore plus blonds que lui et aussi de sa grande maison, remplie tous les Noëls de ses neveux et nièces dont il s’occupait avant son départ pour l’Indochine. Il avait 20 ans.

Lui et elle se marièrent, à Saigon, à l’église de notre dame. Et même si la famille de la fille s’étonnèrent de ne voir personne présent au mariage du côté du mari, le mariage était réussi. Beaucoup de gens étaient présents. La mariée était en blanc et ne portait pas la tenue traditionnelle. Elle voulait se marier à la française. Pour lui, pour son époux qu’elle aimait tant. Et le soir, peut-être pas pour la première fois, ils avaient fait l’amour.

Le lendemain du bal de la photo, le 7 mai 1954, la France perdait la bataille de Dien Bien Phu.
Il fallait partir, fuir. Il fallait rentrer en France.
Lui qui pensait ne jamais quitter

SAIGON.

Ils prirent le bateau. Voyagea en première alors que d’autres personnes de la même famille qu’elle voyageaient en 3ème classe.

Arrivés en France, c’était l’hiver, sûrement l’un des hivers les plus froids qu’ait connu la France. La femme et le mari s’installèrent en Seine-Marne dans un petit appartement. Plusieurs mois se passèrent avant que sa femme ne se rende compte du mensonge de son mari.

La famille n’existait pas. C’était un enfant de la DASS. Il s’était engagé comme soldat pour échapper à des petits faits de délinquance.

Madame T qui habite toujours en Seine et Marne m’explique que sa mère ne s’est jamais remise de son arrivée en France. Qu’elle a toujours vécu « comme dans le hall d’un aéroport » ce sont ses mots. Attendant qu’on lui dise qu’elle allait rentrer chez elle.
Elle restait dans sa cuisine. A faire des plats que son mari ne mangeait pas.

Ban Xeo
Bun Bo
Tet co
Pho

Cette histoire me revient au milieu de cette salle de bal si noire. Ils étaient peut être à ce bal ce couple tragique. Au bal d’une société qui allait bientôt disparaître.

La jeune fille est revenue. Elle me dit que l’on doit y aller.

Je prend une dernière photo. Celle des chaises rangées sur le côté. Je pense à notre scénographie d’Andromaque que nous avions faite à l’école. Il y avait aussi des chaises empilées, comme si le drame avait déjà eu lieu, comme si les enfants devaient rejouer des scènes que les parents avaient déjà consumé.

La jeune fille a déjà appelé l’ascenseur. Elle me demande de lui montrer la photo. Je la sors de mon cahier. Elle me regarde et me dit:

Sur la droite, là, ici, c’est mon grand-père avec ma grand-mère. Il ne la jamais reconnu comme sa femme. C’était sa maitresse vietnamienne. L’ascenseur s’arrête. La jeune fille s’en va.

Je retournerai plusieurs fois au Majestic pour la revoir. En vain. C’était pour cela qu’elle parlait français. Son grand père était un colon. Mais sa grand mère a fait partie de ces femmes qui n’ont pas été reconnues. Ni elles, ni leurs enfants.

Je quitte le Majestic. Le lendemain matin, en audition, une jeune fille du même âge que la fille de l’ascenseur présente une scène où elle se met à pleurer à cause de la séparation avec son petit ami.

D me traduit ce qu’elle fait et dit:

On va passer cette douleur

 

LE BATEAU (Port d’Ho Chi Minh Ville Lundi 14 Mars)

bateau

C’est en ayant dormi 2h la nuit de dimanche à lundi que j’arrive sur ce bateau. Un bateau touristique pour faire un tour sur Saigon River.

Je suis à fleur de peau.

Je suis installée en bas, au rez de chaussée. Il y a deux étages au dessus.

Je ne suis pas accompagnée. Je suis seule. Et cela a l’air d’intriguer le commandant de bord qui nous accueille à l’embarcation. Il me fait penser à un personnage de la « Croisière s’amuse ». J’étais amoureuse, petite, d’un homme comme ça. Mais bien sur il n’était pas vietnamien. Il était blanc. Il était l’Amérique.

D’ailleurs ma grand-mère m’a toujours dit de ne jamais tomber amoureuse des vietnamiens. Elle-même mariée à un vietnamien je ne comprenais pas de quoi elle me parlait. Elle-même adulant ses 5 garçons chez qui elle allait faire à manger tous les week end, je ne comprenais pas de quoi elle me parlait.

Je m’assois et la musique, comme à son habitude, est extrêmement forte. Impossible d’entendre mon serveur déguisé lui aussi en chef de croisière me demander dans un anglais très approximatif ce que je désirais boire.

Je demande une SAIGON beer.

SAIGON

De grandes tables sont dressées. Des hommes et des femmes écoutent un homme avec une chemise et un nœud papillon chanter Dalida. Sur la scène il y a des fleurs, partout. Il faut imaginer ça. Des fleurs partout à Ho Chi Minh ville, jusque sur les motifs des vêtements des femmes. De leurs robes à leurs pyjamas.

L’homme qui chante est petit. Je me fais la remarque que les hommes au Vietnam chantent beaucoup. Souvent, dans les taxis, les hommes qui nous conduisent chantonnent.

Des Chansons d’Amour. Toujours.

L’homme au nœud papillon chante « de tout son cœur ». Je me dis des phrases comme Ca. Fatiguée, mes pensées sont courtes ou trop longues.

Le navire n’a pas quitté le port. Les gens boivent, chantent, rigolent. On dirai que la soirée a commencé depuis des heures alors que je viens juste d’arriver, alors que le bateau n’est toujours pas parti. Le volume sonore en état de fatigue est à la limite du soutenable.

Je me demande ce que je fais là.

Je regarde autour de moi. Il n’y a que des asiatiques. Des coréens je crois. Je suis toujours si fatiguée. Toujours à fleur de peau au point que le chanteur me regarde pensant à tord ou à raison, je ne sais plus, que ses paroles me traversent.

Et je suis comme un oiseau mort. Quand toi, tu dors.

Le bateau enfin prend le large. Et comme par un effet mystérieux le brouhaha s’estompe le temps de la séparation. Du bateau et du port. Tous regardent. Cela fait toujours un effet aux gens de voir les bateaux partir. Appuyée à la rambarde je me retourne, et je vois derrière moi, des têtes les unes à côté des autres regarder Saigon qui s’éloigne. Je suis émue et heureuse d’embarquer avec eux. Eux que je détestais 5 min plus tôt de faire tant de bruit.

Seul le chanteur au nœud papillon ne regarde pas le port qui s’éloigne. Il doit le voir tous les soirs. Il doit s’éloigner toujours au même moment de son set musical. Sur la chanson de Dalida.

L’HOMME D’AVANT LE DEPART

Parmi tous les visages, je crois reconnaître celui d’une personne. Un homme rencontré avant de prendre l’avion qui était d’origine Vietnamienne mais qui avait quitté le Vietnam très jeune. Au point où il m’avait dit parler le Vietnamien comme un enfant de 11 ans. J’avais trouvé ça beau. Cet homme me disait prendre le même avion que nous. Je l’avais cherché le soir, parmi les têtes endormis devant leur écran allumé, parmi les gens angoissés qui n’arrivaient pas à trouver le sommeil et qui demandaient aux hôtesses de l’air à boire ou à manger, parmi les gens qui ne faisaient rien, si ce n’est regarder l’avion bouger au dessus d’une carte. Je ne l’avais pas trouvé.

Je suis persuadée qu’il est ici. Là, au fond du bateau. Il a une chemise bleu clair. Je le suis. Il passe de chaise en chaise difficilement. Puis se dirige vers les escaliers. Il a un cocktail rouge à la main.  En bas, il n’y a pas de cocktail. Que faisait-il à notre étage ? Cherchait-il quelqu’un lui aussi ? Deux étages plus bas ? Il monte les escaliers. C’est arrivé au dernier étage, sur le toit du bateau que l’homme s’assoie, seul à une table. Il s’assoie face à la mer et la regarde. Encore. Seul. Dos à moi. Je ne vois pas son visage.

Je commence à douter. Ce n’est peut être pas lui. Je suis debout, parmi les gens du haut du bateau. Certains me regardent. Je ne suis plus du tout sûre que l’homme à la chemise bleue est l’homme d’avant le départ.

Je me dis qu’en rentrant à l’appartement je demanderai à Jérémie et Claire si ça ne leur arrive jamais de voir des visages d’amis ou d’amours dans les visages du pays que l’on visite. Cela, moi, m’arrive toujours. Comme si mon cerveau ne pouvait pas complètement supporter de ne reconnaître aucun visage.

Je remarque que sur le toit du bateau, la musique est très douce. Ce sont les mêmes chansons mais à la flûte. Cela me fait rire. Les français sont au dernier étage. A écouter de la flûte. Je décide de redescendre ; sans avoir vérifié complètement si celui que j’ai vu est l’homme-d’avant-le-départ.

Je retrouve ma place et ma bière que j’ai abandonnées. Je monterai plus tard. Le commandant de bord, décidément, ne comprend rien à ce qui se passe. Je suis en bas, en haut, assisse debout, au bord des larmes ou hilare. Il vient vers moi. Il me demande d’où je viens. Je lui réponds en vietnamien.

Phap.

Cela signifie. Française. Ou France, je ne sais pas. Il comprend. Il fait un geste pour me signifier la tour Eiffel. Je lui dis que oui. Je n’ai aucun geste pour lui expliquer que j’habite à Valence. D’ailleurs quand les gens me demande, je leur dis que j’habite à Lyon. Plus simple. Pendant que mon commandant essaie de me demander quelque chose que je ne comprendrai jamais, je remarque que son uniforme est faux. Je repense à ma mère qui m’a toujours dit aimer les hommes en uniforme. Cela m’exaspérait. Pour moi, les uniformes, c’étaient les gendarmes de Salernes. Ou au mieux, les pompiers qui venaient éteindre le feu de nos forêts en été.

« Comme à un rocher

Comme à un pêcher

Je suis accroché

A toi. »

Toujours une chanson d’amour.

Le commandant a laissé tomber la conversation. Je crois être une mauvaise compagnie ce soir. Je pense à la discussion de ce midi avec JPF. Dans un restaurant proche du consulat où l’on paye le café au même prix qu’au café des Banques à Gambetta.

JPF est métisse. Français et Thailandais. Discussion de métisse à métisse. C’est un concept que je viens de découvrir. D’ailleurs je me suis entendue dire cette phrase à un journaliste à Paris avant mon départ « être métisse, c’est encore autre chose ».  Et je pense à cet épisode dans Desesperate Housewife où la fille de Gabrielle Solis ne sait pas, à 12 ans, qu’elle est mate de peau. Qu’elle est mexicaine.

JPF me dit : « avant 30 ans, je ne pouvais pas m’imaginer être avec une asiatique. Je n’étais attiré que par des blanches maintenant je suis avec une asiatique. »

Je Comprends Ce Qu’il Dit.

Peut-être que si je m’aventurais encore dans cette question, je pourrai dire à mon journaliste : « l’amour, pour une métisse, c’est encore autre chose ». Peut-être que je pourrai m’aventurer encore plus loin et dire: «  le choix de l’autre, de la couleur de peau que l’on va aimer chez l’autre, ce n’est pas rien, pour nous, métisses ». Peut-être que je pourrai m’aventurer à ce genre de réflexion.

LA FEMME

Je vais me passer de l’eau sur le visage. Me réveiller de cet état second qui ne me quitte pas. Dans les toilettes je vois une femme très chic. Très élégante. Je pourrais lui donner 60 ans mais je suis sûre qu’elle en a 10 de plus. C’est si difficile ici de donner un âge aux gens. Elle est en robe bleu marine à pois blanc, elle dénote des touristes en short et t-shirt. Elle est trop bien habillée pour l’étage où nous sommes. Elle est peut-être même trop bien habillée pour ce bateau en forme de poisson. Il y a un miroir face à nous. La femme est vietnamienne.

Je veux lui parler. Je lui demande si elle sait quand le bateau revient au port. Je lui pose la question en anglais en espérant qu’elle va comprendre la langue. Elle me regarde, et me répond en français.

Je suis française, dit-elle en me souriant. Le bateau restera le temps du repas et du concert en mer. Ce qui signifie que nous serons rentrés vers 22h à Saigon

Elle dit : SAIGON

Cette femme est ce qu’on appelle une VietKieu. Ce qui signifie littéralement : les vietnamiens étrangers. Ce qui désigne les vietnamiens partis vivre à l’étranger.

Elle me demande si j’ai des mouchoirs sur moi. Je cherche dans mon sac, je lui en donne un qu’elle déplie et passe sous ses lunettes.

Est-ce-que cette femme pleure ?

Je suis en haut mais j’ai été obligée de descendre. Les toilettes sont occupées sur le toit du bateau.

C’est étrange cette façon qu’elle a de me dire, de me signifier qu’elle n’est pas en 3 ème classe. Qu’elle est au dernier étage. Chez ceux qui ont payé leur ticket. 500 000 dông. Cela me touche qu’elle ait besoin de le préciser. Avec sa robe à pois blancs sur fond bleu marine.

Tournées toutes les deux vers une porte qui tarde décidément à s’ouvrir, je ne vois plus son visage. Je suis derrière elle, moi et mes 10 centimètres de plus que la moyenne des vietnamiennes, et je cherche encore des mots pour rentrer en contact avec cette femme.  Je pourrai lui dire que le volume sonore est trop fort malgré la paroi des toilettes qui nous sépare du chanteur au nœud papillon. Mais je l’entend, elle, chantonner aussi.

« Viens m’embrasser

Avant de t’en aller ce soir 

Viens m’embrasser

 Toi qui t’en va. 

Oublie que je suis triste oublie et sourie moi

Fais moi revivre encore un peu de ce temps là

Toi qui t’en va

 Essaie de m’inventer encore un  peu de toi

Essaie de faire semblant un peu encore une fois. »

Je sens que moi aussi je pourrai me mettre à pleurer, de fatigue, ou de cette femme, si petite et si élégante qui aime tant chanter dans un pays où on l’appelle VietKieu. Ou peut être d’un chagrin qui n’appartient qu’à moi et que cette chanson trop forte aura quand-même réussi à faire éclater.

Je comprend que pour parler de SAIGON il nous faudra parler d’amour.

Jérémie m’a dit que Duras avait eu énormément d’histoires d’amour. Que nous ne connaissons que celles qu’elle a écrit dans ses livres, mais que d’autre histoires ont aussi traversé le cœur de cette femme d’Indochine.

La femme à la robe à pois blanc est entrée dans les toilettes. Elle ressortira 3 min plus tard. Ses yeux gonflés de larme. Se remaquillant devant la glace pour effacer ce qui reste de cette tristesse. Je décide de la suivre.

Je sors moi aussi des toilettes et monte sur le toit du bateau. Je n’ai pas payé 500 000 dong pour avoir accès à la flûte, mais je tente le coup. Et puis je veux vérifier si l’homme à la chemise bleue est l’homme que je cherche. J’arrive sans problème au 2 ème étage, quand j’aperçois sur ma gauche la femme à la robe à pois blanc sur fond bleu marine qui est attablée avec des gens. Sûrement son mari à sa gauche, et des amis tout autour. Il n’y a que des français autour d’elle. Seule elle a le teint très mat. Le teint de ces femmes que l’on rencontre à la Réunion.

La femme a l’air radieuse maintenant. Surement qu’elle n’aurait jamais imaginé, petite fille de Saigon, embarquer pour 500 000 Dong dans ce genre de bateau 60 ans plus tard. Personne n’a vu le visage de la femme dans les toilettes. Celui-là a été camouflé par du maquillage contenu dans une petite pochette dorée.

Je repense alors à une des femmes que j’ai rencontré à Paris. Dans le 20 ème. Elle aussi avait quitté le Vietnam en 1956 sur le bateau Scobrine. Elle insistait sur cette sensation abstraite et à la fois très puissante que l’on ne reviendra jamais. Elle me racontait que petite, elle ne comprenait pas pourquoi le jour de ce départ sa mère pleurait. Pour elle qui avait intégré que la France était la terre du miel et du lait, de toute ces si belles chansons d’amour, elle ne comprenait pas, à 11 ans pourquoi sa mère pleurait. C’était une fête de partir pour la France.

Je ne savais pas m’avait-elle dit.

Et sa voix s’était brisée sur cette dernière phrase. Peut être est-ce cela qui a traversé cette femme dans les toilettes. Peut être que ce bateau en forme de poisson qui quitte le port pour 1h30 repas et chanson compris lui avait fait quitter une deuxième fois, le port de SAIGON.

Elle reviendra pourtant à Ho chi Minh Ville ce soir. Cette femme dormira peut être dans un hôtel avec ses amis Français qui découvriront le Vietnam pour la première fois et qui ne sauront pas que cette femme a fait un tour au toilette du bas.

Je m’assois à une table très longue. Sans m’en rendre compte, l’homme à la chemise bleue est au bout de cette grande tablée. Il est toujours de dos. Il regarde Ho chi Minh se rapprocher petit à petit. Il a fini son cocktail et je sais que ça n’est pas l’homme d’avant le départ.

Qui est-il?

Que fait-il

Sur ce bateau.

Tous sont accompagnés pour faire la fête entre amis.

Quel drôle d’idée d’être seul ici.

Ou peut être fait-il comme moi. Peut être que lui aussi essaie de comprendre ce qu’il s’est passé sur cette photo de 1954 avant la bataille de Dien Bien Phu  et la fuite des français du Vietnam. Peut-être cherche-t-il quelqu’un. C’est Jérémie qui m’a dit ça. Cet homme cherche quelqu’un. Sur ce bateau qui quitte et revient au port après 1H30 de repas et de chanson d’amour.

Le Vietnam est rempli d’histoire de départ.

La femme à la robe est toujours attablée. Les gens autour d’elle rigole. Elle aussi. Puis il y a encore eu ce moment-là. Ce moment où on l’a surprise encore à chantonner Édith Piaf.

« Il est entré dans mon cœur une part de bonheur

Dont je connais la cause. »

 Je n’aime pas Edith Piaf. Elève au TNS nous allions boire du vin à l’Épicerie. Il y avait toujours ces vieilles chansons françaises. Cette vieille France, je disais.

Maintenant j’entends cette femme chantonner l’hymne à l’amour. Et je me dis que ça sera ça, pour moi, Edith Piaf. Cette femme de l’autre bout du monde.

Je récupère le sommeil cette nuit là.

 

 

 

MARIAGE (Ho Chi Minh Ville Samedi 12 Mars)

 

J’arrivais dans cette maison avec une robe trop simple. Des chaussures sans talon. La « maitresse des lieux », elle est en robe de soirée. Elle me dira plus tard qu’elle a 70 ans. Son portrait de jeune mariée est en-dessous du ventilateur. Quand on lui demande si c’est elle sur la photo elle répond que oui. Et elle est heureuse qu’on la contemple encore et elle est heureuse d’entendre cette phrase : vous êtes belle.

Son mari nous fait faire le tour de la maison, D à coté de moi dit : ils sont riches, trop riches. Je pense alors à l’enveloppe que je dois donner, pour les mariés. D me dit que ça ira. Qu’il ne faut pas plus. D me dit que nous ne sommes pas encore dans la famille proche du marié. Que ce vieux couple est notre « pass » pour le mariage. « Ils sont nos passeurs » me dit-il maladroitement. A cette phrase-là, je pense à J qui me proposait d’aller à Calais en avril. Pour voir, de mes yeux, voir.

2 Enveloppes : 1 pour la cérémonie chez les parents

1 pour le restaurant.

La maison du vieux couple est une maison avec du carrelage et des meubles très lourds. Une pièce entière est consacrée au temple des morts. Les photos des morts ne sont pas celles d’adultes mais d’enfants. J’ai soudain une angoisse. Ce couple aurait-il vécu beaucoup de drames ? Ou peut-être est-ce l’image de Calais qui en me traversant aurait déposé cette angoisse que je sens brutalement.

D met sa main sur mon épaule. Je reviens à moi. L’homme attend que je lui dise la phrase :

Votre maison est belle.

Je lui dis. Et je vois dans son regard tant de fierté. Cela me touche et me fait revenir à moi.

A l’étage plus bas, il nous fait visiter deux chambres. Celle de leurs enfants : une fille et un garçon. Le garçon est à droite « car la droite est la meilleure partie » nous dit le père. Sans sourciller. Cela m’énerve et me fait penser à ma mère qui sert toujours les hommes en premier. Cela me rappelle aussi que petite, je ne comprenais pas pourquoi dans les autres familles c’était les femmes que l’on servait d’abord.

Nous partons.

Nous quittons la maison. Dans une voiture, conduite par le mari. La femme est à l‘arrière avec moi. Elle a pris avec elle un grand sachet de bonbons. Bonbons au chocolat blanc, c’est écrit en vietnamien et en russe. Dans son sac, il y a aussi des photos de son mari et d’elle et de ses enfants.

Des photos de photographe professionnel.

Chacun sait comment prendre la pause.

Nous arrivons après 35 min de route dans une banlieue éloignée de Saigon. D’ailleurs est-ce encore Saigon ? Nous ne savons pas.

Où s’arrête Saigon, je n’ai jamais compris.

Il y aura 3 escales. Chez la famille du garçon, puis chez celle de la femme et enfin au restaurant.

CHEZ LE MARIE

Nous arrivons dans la famille du marié. Il est beau, habillé en blanc, il est jeune comme tous les quatre garçons qui attendent dehors. Ils fument une cigarette. C’est sûrement la première fois que j’ai affaire à autant d’hommes d’un seul coup. Les femmes ne sont pas là. Elles se maquillent. Il n’y a pas de femme dans la pièce au ventilateur où l’on m’a dit de m’asseoir pour attendre ; pas de femme pour m’accueillir. Cela est si rare que ça a le mérite d’être noté. Au Vietnam, les touristes sont reçus par des femmes. Ce sont elles qui sont au devant de la scène. L’homme est plus loin.

J’attends.

Les jeunes hommes dehors passent leur tête pour me regarder discrètement ou pas, cela les amuse.

C’est à ce moment-là qu’un homme plus âgé, passe une première fois. Il est torse nu. Imberbe. Il cherche quelque chose. Il a l’air très tendu. Il transpire alors que le ventilateur est en marche.

Je le vois faire demi-tour.

Il remonte sans rien dire dans la partie haute de la maison.

J’attends, je bois de l’eau. On me propose une bière que je refuse car dans ces cas-là je me pose des questions, trop de questions : est-ce qu’une femme a le droit de boire de la bière, est-ce que cela est bien vu ? Si oui, dois-je la boire à la canette, sinon, dois-je demander un verre ? Mais il n’y a que des hommes… bref, je refuse. C’est plus simple.

L’homme qui transpire repasse. Toujours torse nu. Je comprends qu’il ne trouve pas sa ceinture. Je comprends aussi qu’il est le père du marié.

L’homme est le toit de la maison. Une maison sans homme c’est comme une maison sans toit . C’est l’homme à la première maison qui me l’a dit.

Je demande au marié qui est beau et qui a l’air d’un acteur qui attend dans les coulisses avec beaucoup de trac et d’excitation où est la mariée. Son sourire déjà large le devient encore plus : « maquillé » me dit-il en s’essayant au français.

La mariée se maquille. Les autres femmes aussi. Ce mariage va être magnifique.

L’homme à la transpiration repasse, la chemise blanche sur lui, la ceinture retrouvée. Il tape dans ma chaise. Je laisse tomber ma photo sans le vouloir de mon sac et mon téléphone se brise en plusieurs parties. La batterie d’un coté et l’écran de l’autre. Je dis : merdemerdemerdemerde.

Et occupée à récupérer les pièces de ce nouveau téléphone vietnamien que je viens d’acheter pour que l’on puisse m’appeler sans passer par la France. C’est en regagnant mon siège que je le vois, la photo du bal à la main. Il est fixé dessus. Comme arrêté. Ce n’est qu’au bout de quelque seconde qu’il me voit, en train de le regarder. Longuement. Ses yeux sont rouges. Il transpire encore plus. Pourtant le ventilateur ne s’est pas arrêté. Il me rend la photo. Ses yeux sont au désespoir.

J’ai à peine le courage de prononcer :

Are you OK ?

L’homme ne me répond pas. Il reste debout.

Une vague de femmes descend des escaliers. Elles sont bleues, jaunes, noires et rouges. D m’avait pourtant dit de ne pas m’habiller en noir. Que cela portait malheur pour les mariages. Je l’ai écouté et j’ai mis une robe vieux rose. Très française. Chiné sur Ebay. Une robe qui aurait pu appartenir à la grand-mère de quelqu’un d’autre. Ma grand-mère s’habillait comme ça. Mais je ne rentre pas dans ces vêtements-là.

L’homme est toujours debout à la même place. Il n’a pas bougé. Il vient de se passer quelque chose.

Nous prenons cette fois-ci un bus. Aspirée autoritairement par le groupe de femmes qui parlent fort, je perds l’homme de vue. Je panique, j’ai peur de ne pas revoir l’homme. Ce qui est absurde puisqu’il est le père du marié et qu’il sera de fait, à la prochaine cérémonie.

Mais d’autres pensées me viennent. Et s’il ne venait pas au mariage. S’il avait décidé ce jour-là de fuir ? De ne plus revenir chez lui. Je me raisonne. Je ne connaissais pas cet homme il y a 10 min et je n’ai aucune raison de penser qu’il va faire aujourd’hui exploser le mariage de sa progéniture.

Les 25 min de route sont interminables. Je pense à l’homme qui ne reviendra plus. Je ne pense qu’à lui. J’ai comme une vague de désespoir qui me vient et j’aimerai en parler à ces femmes dans ce bus. Uniquement des femmes. A ces femmes qui me demandent toutes, une par une si je suis mariée. Je dis oui. Trop compliqué d’expliquer que je suis avec un homme qui n’est pas mon époux à plus de 30 ans. Je ne veux pas rentrer dans cette discussion-là avec elles. Je connais ces discussions, ce sont celles que j’ai avec ma mère.

Nous nous arrêtons enfin au bord d’une route. Toutes les femmes descendent. Nous arrivons enfin à la maison de la mariée que je n’ai toujours pas vue. Nous sommes sur un chemin de terre battue.

C’est UN GRAND JOUR DE FETE.

Les ballons à l’entrée, comme à l’Américaine,

Les offrandes pour que le mariage soit heureux

Les faux carreaux en ciment, comme dans les cafés de Lyon, comme au temps des colonies.

Tout ca, sur terre battue.

5 jeunes femmes sont habillées en tenues traditionnelles. Elles sont les demoiselles d’honneur. Elles envoient des messages sur Messenger. Je suis tentée de voir s’il y a du Wifi.

La mariée arrive enfin. Elle est d’une grande beauté. Elle est si jeune. On dirait une lycéenne. Les mariés sont gênés comme s’ils étaient observés dans leur lit. Dans leur Grand Amour. Il doit la trouver belle. J’en avais presque oublié l’homme et sa disparition. Quand tout d’un coup je le vois apparaître dans le champ de ma caméra.

En sueur. Toujours.

Il a bu. Je le vois. Je connais ce visage. Celui des hommes vietnamiens qui boivent sous la chaleur humide. Le visage de mon grand-père.

Il est engoncé dans une cérémonie dont les règles ne sont pas faites pour lui. Rester debout, sourire aux autres, prendre la pose pour les photos, être chaleureux avec les invités, prendre la parole.

Il n’a pas disparu.

Cela me rend euphorique.

Et je le vois, qui d’un coup, regarde en direction de ma caméra. Il sait que je suis là, que je le filme. Il est comme pris au piège, pris au piège d’un mariage et pris au piège d’une histoire que je ne connais toujours pas avec cette photo.

J’essaie de me renseigner sur son âge. On me donne des chiffres diffèrents. Pour une femme à ma gauche il a 58 ans pour un autre il a dépassé les 60 et enfin d’après D il a à peine 50.

« Mais il est…comment dit on en France ? il est…. M A R Q U é »

Je fais un rapide calcul. Même s’il a disons 62 ans, il n’avait que 2 ans lors du bal. Comment connaît-il cette photo ? Pourquoi cette photo le trouble tant ?

On me fait signe de quitter les lieux. Il faut reprendre le petit bus avec les femmes pour aller au restaurant.

CE RESTAURANT.

C’est ici qu’il se passa quelque chose que j’ai mis du temps à comprendre.

(à suivre)

 

AEROPORT (Vendredi 11 Mars Ho Chi Minh Ville)

UIOUIOUIO

Nous sommes arrivés enfin à Ho Chi Minh Ville/Saigon. A chaque fois que j’arrive dans cet aéroport je vois des centaines de gens attendre devant les portes. J’ai déjà remarqué que certains d’entre eux n’attendaient personne. Ils sont là, à regarder ceux qui se retrouvent. Je me souviens alors d’un projet que je voulais faire quand j’étais arrivée à Istanbul. Filmer des retrouvailles. Des gens qui se retrouvent, sans parole, juste des corps qui vivent un rapprochement.

C’est peut-être cela que la jeune femme que j’ai rencontré à Grenoble a essayé de m’expliquer. Quand elle arrive dans son pays, ou plutôt au pays de sa mère, elle s’attend à ce qu’on lui saute dans les bras. Elle m’expliquait aussi que sa mère ne savait plus parler le vietnamien. Que les femmes au marché se moquaient d’elle. Elle n’avait plus les bons mots. Elle était partie depuis trop longtemps. Elle était la fille d’une mère apatride. Comment pouvait-elle imaginer que quelqu’un à l’aéroport de Saigon lui saute dans les bras.

Nous avons fait un long voyage.

Je repense à Monsieur F que nous avons rencontré avec Claire dans le 13ème arrondissement au … qui nous a raconté son départ à 9 ans en 1956 en bateau pour aller en France. Les blancs étaient en première classe tandis que « nous, les métis, nous étions dans les cales, dans les sous-sols ». Pour me faire comprendre, il me demande si j’ai vu Titanic. Je lui dis que oui, il m’explique qu’il était comme Leonardo di Caprio.

Je me souviens avoir souri.

L’homme plus tard avait pleuré. Peut être trente minutes à peine après son arrivée.

Claire me fait remarquer que les hommes pleurent souvent. Ici, ou là bas.

Nous sortons de l’aéroport. Nous sommes trop fatigués pour commencer l’enquête. La photo du bal reste posée sur mon lit. Dans cet appartement qui se situe dans le quartier des ambassades.

Avant de partir pour Saigon nous avons trouvé le titre. Ça n’est pas rien de trouver un titre. C’est la première promesse. Elle doit être assez large pour contenir le reste du geste qui va s’y loger. Quoi de plus large et à la fois de plus circonscrit que le nom d’une ville.

SAIGON

Je pense à Angelica Lidell qui a écrit Belgrade sans n’y être jamais allée.

Je pense à Jérémie qui me dit que la créolité est liée à un lieu. Que c’est en contemplant les lieux que l’on voit la charge des histoires qui s’y passent et la pensée métisse. Jérémie me dit que Duras se revendiquait Créole.

Jérémie me fait voir le début du film Apocalypse Now. Nicolas le scénariste m’envoie un message sur Messenger : « j’adore le titre Saigon, se sont les premiers mots prononcés par Martin Sheen dans Apocalypse Now. »

On peut arriver à Saigon comme on arrive à New York. Emmêlé d’imaginaire.

Nous recevons un message de D notre traducteur qui dit :

«  Demain, pour le mariage, il faut vous habiller correctement. Pas de short, pas de jupe trop courte, pas de couleur noire »

 

LES REGLES DU JEU

1/ Je vous propose donc de commencer l’errance. Peut-être même à l’aéroport.

2/ L’idée n’est pas de faire une fouille archéologique ni de rentrer précisément dans ce qu’on appelle l’Histoire. Mais de prendre l’Histoire ou la fouille archéologique comme autant d’éléments qui nous permettrons de faire resurgir le présent. Nous allons vivre dans cette ville qui porte un double nom : Saigon ou Ho Chi Minh.

Une double sonorité, un double temps, un double paysage, un double espace.

3/ Il faut errer pour savoir ce que l’on cherche. Nous prendrons cette photo de réception et les autres éléments disposés dans la pochette pour stimuler notre errance et notre imaginaire. Nous ne sommes pas à la recherche d’un temps passé. Nous cherchons à contempler le présent.

Voici donc la liste des lieux dans lesquels nous allons nous perdre.

* toutes les photos que vous avez sous les yeux ont été achetées sur Ebay à un inconnu sauf celle du bal qui a été envoyée de France par un ancien d’Indochine qui a désiré rester anonyme. Voici l’adresse de l’envoi :

4/ Vous pouvez donc utiliser tous les éléments de cette pochette pour rentrer en contact avec les gens. Vous pouvez au fur et à mesure compléter cette boite.

5/ La liste des lieux n’est pas exhaustive. Mais il est important de trouver des lieux où il existerait la trace visible ou invisible de notre monde « blanc ». Si les lieux sont rajoutés, merci de les inscrire sur le panneau dans le lieu de restitution.

6/ Chaque errance doit être restituée un soir de la semaine à 18h à notre lieu de travail. Elle sera présentée comme un récit et non pas comme un exposé anthropologique ou historique. C’est l’imaginaire et le réel qui sont en jeu.

7/ Chaque errance doit être restituée avec du son, des photos, de la vidéo ou des dessins.

8/ Les errances sont possiblement accompagnées d’un traducteur.

9/ Vous avez le droit de changer d’identité pour les errances si cela n’entrave en rien l’intégrité de la personne rencontrée.

10/ Chaque Errance doit se faire à 2 ou 3 personnes grand maximum.

11/ Ces même règles du jeu seront utilisées pour Logne.

12/ Merci de vous acheter Mrs Dalloway de Virginia Woolf avant de partir et de le prendre avec vous durant le voyage.